L’Ucad en ébullition à Dakar, le PDCI fracturé, la Minurso en sursis, le cancer de la corruption… Les 5 infos qu’il ne fallait pas manquer

L’Ucad en ébullition à Dakar, le PDCI fracturé, la Minurso en sursis, le cancer de la corruption… Les 5 infos qu’il ne fallait pas manquer

Cette semaine, Le Brief de Jeune Afrique revient sur les manifestations à l’université de Dakar, les tentatives de garder le PDCI en vie, l’avenir de la Minurso au Sahara occidental, la corruption et l’élection à la tête du régulateur continental des assurances.

  1. « Sonko nous a vendu du rêve, mais il n’a rien changé » : Pastef face au problème de l’université au Sénégal

Les faits. Un étudiant a été tué le 9 février sur le campus de Dakar, lors d’un assaut des forces de sécurité sur lequel une enquête a été ouverte. Une partie des élèves, qui réclament le versement de leurs arriérés de bourse, refusaient de payer le ticket de la cantine de l’université. Les forces de l’ordre sont intervenues, vers 10 heures, « pour protéger les infrastructures à l’intérieur du campus social », sur lequel elles ne pénètrent généralement pas. Des associations estiment à plus de 250 le nombre de blessés et à 29 celui des jeunes interpellés. Une mort a été confirmée : celle d’Abdoulaye Ba, élève en deuxième année de médecine. Le Premier ministre, Ousmane Sonko, a accusé des leaders du mouvement étudiant d’être financés par l’opposition.

Choc. Les images des affrontements tout comme les récits des étudiants témoignent d’un déchaînement de violence. Plusieurs étudiants en médecine de l’université, qui ont l’habitude de prêter main-forte au service médical de l’université lors des manifestations, décrivent auprès de notre journaliste sur place, Marième Soumaré, une situation « catastrophique » et racontent avoir été débordés toute la journée et une partie de la nuit. Mains arrachées par des grenades lacrymogènes, traumatismes crâniens, fractures… Ces images ont suscité un choc dans tout le pays.

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Déception. « Nous nous sommes battus pour Ousmane Sonko. Cela fait deux ans que son parti est au pouvoir et rien ne change », se plaint un étudiant. « Je suis déçu, abonde un autre, en quatrième année de sciences économiques. Les étudiants ont tout donné pour Sonko. On ne pensait pas avoir à subir à nouveau cette violence. Hier, ils nous ont massacrés », confie le jeune homme qui dit avoir été violenté par les forces de l’ordre.

  1. En Côte d’Ivoire, le PDCI fracturé

Guerre de tranchées. Le 5 février, à la surprise générale, les requérants qui demandaient l’annulation du 9e congrès extraordinaire du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) – et donc, la chute de son président, Tidjane Thiam – ont retiré leur plainte. Une victoire judiciaire par forfait qui cache mal les tensions internes.

Accords et désaccords. Si au niveau de la direction du parti « certains ne veulent pas négocier avec les frondeurs », chez les jeunes, l’ancien député Marius Konan juge important de n’exclure personne. À cela s’ajoute la question qui fâche : l’absence prolongée de Thiam, à Paris depuis mars 2025. Un problème qui n’en est pas un selon le secrétaire exécutif en chef, Calice Yapo Yapo : « Nous sommes à l’ère d’internet et de Zoom. Celui qui veut faire une réunion avec le président le fait. »

Ultime arbitre. Djedri N’Goran, à la tête du réseau des cadres du PDCI, a proposé la création d’un Comité de conciliation et de rapprochement interne quand trois poids lourds ‒ Jacques Ehouo, Sylvestre Emmou et Jean-Marc Yacé, qui ont refusé d’adhérer au groupe parlementaire ‒ ont rendu visite à Henriette Konan Bédié et réaffirmé leur ancrage partisan. La veuve du « sphinx de Daoukro » est en effet la seule personnalité à faire encore l’unanimité. Et il est entendu que nul ne pourra revendiquer la victoire totale sans sa bénédiction.

  1. Sahara occidental : après les discussions de Madrid, quel avenir pour la Minurso ?

En suspens. Les discussions du 8 et 9 février à l’ambassade des États-Unis à Madrid entre le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie n’ont pas abordé l’avenir de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso, déployée au Sahara occidental depuis 1991) malgré le cadre onusien dans lequel se déroulent les discussions de mise en œuvre de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025.

Cessez-le-feu et référendum. Comme l’explique Jassim Adhani, « la Minurso se retrouve à la croisée des chemins, son intitulé renvoyant à un référendum historiquement bloqué, tandis que son rôle opérationnel est minimal ».

En effet, la mission de l’ONU avait pour « double mandat de superviser le cessez-le-feu et d’organiser un référendum d’autodétermination ». Or, des désaccords persistent sur l’identification du corps électoral, ce qui cantonne la mission à un rôle de mécanisme d’observation du cessez-le-feu, dans un contexte marqué par des tensions sporadiques et des accusations de violations.

La Charte à la lettre. À ce stade, les acteurs du dossier s’en tiennent « à la Charte des Nations unies et au principe d’autodétermination. Si le Conseil de sécurité juge la mission inadaptée à la nouvelle réalité, une modification de son mandat — voire de son nom — pourrait être envisagée, mais seulement avec l’accord des parties ».

  1. Assurances : pourquoi l’élection de SanlamAllianz à la Fanaf acte la consolidation du secteur

Un signal. « L’élection de Mamadou G.K. Koné à la tête de la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (Fanaf) illustre la consolidation d’un secteur qui peine encore à émerger, avec moins de 3 % de taux de pénétration sur le continent », explique Mathieu Galtier, journaliste au service économie de Jeune Afrique.

L’élection du directeur Côte d’Ivoire de SanlamAllianz, premier assureur panafricain, envoie un signal en faveur d’une restructuration et d’une consolidation du secteur.

Un (trop) petit gâteau. En 2016, la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (Cima) avait relevé le montant du capital social des compagnies d’assurances d’un à cinq milliards de francs CFA pour les sociétés anonymes et de 800 millions à 3 milliards de F CFA pour les mutuelles. « Trop d’acteurs se partagent ce petit gâteau », déplorait déjà en 2021 une note du cabinet de conseils Finactu. Aujourd’hui, la réforme n’est toujours pas achevée et toutes n’ont pas encore atteint ce seuil. La date butoir de mise en conformité est fixée au 31 décembre 2027.

Libérer les capitaux. « La rationalisation du secteur permettrait également de libérer des capitaux, à l’heure où le déficit de financement des infrastructures en Afrique est estimé à 100 milliards de dollars par an », note le journaliste. Les assurances de taille modeste préfèrent encore miser sur les titres d’État, jugés plus sûrs, que sur des placements productifs.

  1. Corruption en Afrique : état des lieux, pays par pays

Les faits. Année après année, le constat que dresse Transparency International montre que la corruption prospère aux quatre coins du monde, malgré les discours et les promesses. L’Afrique n’y échappe pas, bien au contraire. Dans le classement 2025 de l’Indice de perception de la corruption (IPC) que vient de publier l’ONG, l’Afrique subsaharienne affiche un score global de 32 sur 100, là où la moyenne mondiale est de 42. Plus le score est élevé, moins la corruption est prégnante.

Les causes. L’organisation relève que le manque d’ouverture de l’espace démocratique (liberté de la presse, crédibilité des scrutins, place accordée aux oppositions…) favorise la corruption. Les crises sécuritaires en sont également l’un des principaux carburants : le Soudan du Sud et la Somalie affichent les niveaux de perception de la corruption les plus élevés au monde. Retrouvez nos cartes et le classement des pays africains dans notre article.